À deux semaines du vernissage de l’exposition orchestrée par
l’association Buy-Sellf,
Frédéric Latherrade est un homme pressé, qui passe ses journées entre le Centre d’Arts Plastiques Contemporains (
CAPC) de
Bordeaux où l’accrochage est en cours, et les locaux de l’association.
Frédéric a débarqué à
Bordeaux au début des années 90, après son bac, pour entrer à l’école des Beaux-Arts de
Bordeaux. Découvrant le foisonnement culturel qu’offrait la ville de
Bordeaux, il a créé l’
association Zebra 3 avec deux amis de l’école, au coeur du
quartier de Saint-Michel d’abord pour faire vivre un lieu d’expression artistique. C’est par la suite qu’arrivera l’idée qui est à l’origine de la success story de
Buy-Sellf -
Zebra 3 : « On voulait appliquer nos compétences sur support imprimé, auxquelles venaient s’ajouter un positionnement critique et une certaine fascination vis-à-vis de la société de consommation. Donc on a choisi d’utiliser le modèle du catalogue de vente par correspondance (VPC) ». Un catalogue peu commun, car celui-ci est rempli d’oeuvres d’art qui s’amusent à détourner les produits de consommation courante, tout en reprenant clairement les codes de la VPC, références et bon de commande à l’appui.
Frédéric Latherrade et ses collaborateurs sont-ils devenus des marchands d’art ? Certainement pas : « Ce qu’il nous manquait dès le début, c’était une structure logistique et économique, nous explique Frédéric. Mais ce n’était pas vraiment le but, c’est vraiment plus un projet artistique. » Car avant d’être producteur d’artistes, Frédéric est lui-même plasticien, plus inspiré par les héritiers du pop-art comme
Jeff Koons ou
Martin Parr que par les stars françaises de l’art contemporain,
Boltanski ou
Annette Messager.
Du petit local de
Saint-Michel, et grâce à ses catalogues, Zebra 3, désormais plus connue sous le nom de
Buy-Sellf, a réussi à s’étendre dans les musées du monde entier, et à exposer partout dans le monde. Aujourd’hui, l’association est hébergée dans les locaux de la
fabrique POLA, un lieu ouvert par la municipalité de
Bordeaux en septembre 2009 qui propose aux associations culturelles locales des locaux et des ateliers pour permettre le développement de l’action culturelle associative.
Rétrospective et prospective
Dans les expositions comme dans les catalogues de
Buy-Sellf, il y a l’idée de reprendre à son propre compte les codes de la culture populaire. Ainsi, la grande expo
Retour Vers Le Futur, clin d’oeil évident au film de
Robert Zemeckis, est orientée autour du thème de la science-fiction, adoptant une scénographie inspirée au cinéma. « Ce n’est pas une simple rétrospective, avoue
Frédéric Latherrade qui est également commissaire invité de l’exposition. Nous avons choisi de mêler des artistes auxquels
Buy-Sellf a toujours été lié, ainsi que des artistes plus jeunes, notamment que nous produisons ».
Ainsi, à côté d’un tableau de
Victor Vasarely, les oeuvres plus récentes de l’exposition font appel aux effets spéciaux, aux mouvements ou aux personnages cinématographiques : on retiendra entre autres un autoportrait de l’artiste
Tony Matelli qui brûle sans jamais se consumer, le bureau de la certitude, créé par
Sylvain Rousseau, sur lequel est posé une lampe diffusant un faisceau lumineux qui supprime à la main du visiteur son ombre ; ou encore Sylvie, une vidéo du bordelais
Nicolas Milhé, réalisée à partir d’images de l’émission Le Maillon Faible. En plus de déborder d’originalité, cette exposition, qui ne présente ni oeuvre choquante ni charabia pompeux, a le mérite d’être accessible à tous, et peut être une première occasion d’approcher l’art contemporain.
Julien Baldacchino