BORDEAUX SOUS LES FEUX DE LA RAMPE

Une fois n’est pas coutume, Bordeaux est au cœur de l’actualité. Tout au long du mois de juin, les médias n’ont cessé de parler de notre cité, que ce soit au sujet de la LGV Sud-Ouest, de Vinexpo, de la Fête du fleuve, du Plan Campus ou des champions bordelais de l’aéronautique présents au salon du Bourget. On pourrait y voir un hasard du calendrier, mais il y a probablement bien plus : des signes concordants que Bordeaux est en train de décoller.
 
S’agissant de la LGV Sud-Ouest, point n’est besoin de souligner l’importance de la mise en place de ce « vrai TGV », promis depuis le début des années 1990. Gagner une heure sur le trajet Paris-Bordeaux peut sembler anecdotique, mais cela va changer radicalement la sociologie et l’économie de la ville. Les exemples de Lyon, Marseille, Lille ou Strasbourg montrent à quel point l’existence d’une vraie ligne à grande vitesse, proposant une liaison cadencée et fiable, changent les comportements et les stratégies des habitants, des touristes et des acteurs économiques. A deux heures de Paris, il sera possible d’habiter à Bordeaux et de travailler à Paris, de se rendre dans la capitale dans la journée sans réaliser un exploit, d’envisager l’installation à Bordeaux du siège social de grandes entreprises, de venir à Bordeaux le temps d’un court week-end. Les pouvoirs publics locaux ne s’y trompent pas, et entendent accompagner l’inauguration de la ligne de la création d’un nouveau quartier, Euratlantique, déjà évoqué à plusieurs reprises dans nos colonnes. Les responsables bordelais, girondins et aquitains n’entendent pas s’arrêter en si bon chemin, et relancent déjà la perspective d’une liaison à grande-vitesse avec l’Espagne, qui permettra d’ouvrir Bordeaux vers le Sud.
 
Le succès de l’édition 2011 de Vinexpo, et notamment la présence massive de visiteurs étrangers et tout particulièrement chinois, est une très bonne nouvelle pour la filière vitivinicole bordelaise. Alors que Bordeaux a longtemps été la capitale indiscutée du monde du vin, cette position dominante a été fragilisée au début des années 2000. Les acteurs de la filière bordelaise ont découvert à leurs dépens que la concurrence internationale avait affûté ses armes, que des acteurs économiques très puissants avaient émergé aux Etats-Unis et en Amérique Latine, que d’autres régions françaises et européennes, réputées jadis pour leurs vins de tables infâmes, produisaient désormais des crus de qualité, et qu’une nouvelle génération de consommateurs se souciait plus de trouver des vins agréables à boire, abordables et facilement identifiables, que de comprendre les systèmes d’appellations et les classements inextricables qui ont fait la gloire des vins de Bordeaux. L’ouverture des marchés et la crise mondiale de surproduction ont ébranlé les certitudes dans le Bordelais, et conduit à des ajustements douloureux. La remise en cause de la centralité de Vinexpo par manifestations concurrentes, organisées en Allemagne, au Royaume-Uni et sur d’autres continents, a aussi fait craindre le pire. Le succès de Vinexpo 2011, et le déclin parallèle de certaines initiatives concurrentes, montrent que la filière bordelaise du vin est en bonne voie pour réaffirmer son rôle central dans le monde du vin.
 
Bordeaux offre l’image d’une cité désormais très belle, mais sage, voire ennuyeuse. Aucun événement récurrent ne s’attache réellement à la ville : Evento est trop récent, et peut-être trop élitiste, et il n’existe pas de grand festival qui soit immédiatement associé à la ville, comme c’est le cas pour Avignon, avec un festival dont on ne dit même plus le nom, Nantes, avec ses Folles journées, Angoulême, avec son festival de la BD, Nîmes, et sa féria, La Rochelle, et ses Francopholies. L’alternance Fête du Fleuve/Fête du Vin tend toutefois, au fil des ans, à s’imposer comme le double événement populaire susceptible de faire sortir les Bordelais de chez eux et de drainer à Bordeaux des touristes français et étrangers. L’importance des moyens mis en œuvre cette année, notamment la construction de nouveaux pontons, a fait de l’événement un vrai succès, que même la grève des personnels des transports publics n’a pas réussi à gâcher.
 
Du côté du campus de Talence, Pessac et Gradignan, les choses bougent aussi. Cinquante ans après son inauguration, Bordeaux est en train de s’affirmer comme l’une des principales universités françaises. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cela ne va pas de soi : être une grande ville universitaire (60.000 étudiants) ne suffit pas. La compétition pour le Plan Campus a été rude, et Bordeaux s’est réellement distingué par la qualité de ses projets scientifique et le sérieux avec lequel les perspectives de long terme de la recherche et de l’enseignement supérieur ont été pensées. Notre ville a été ainsi le premier des 6 sites sélectionnés pour bénéficier des subsides du Plan Campus, qui vont permettre de rénover près de 90.000 m2 de bâtiments et de transformer le campus – réputé pour sa monotonie – en véritable lieu de vie. Les universitaires et responsables politiques bordelais attendent d’autres bonnes nouvelles – on pense notamment aux « initiatives d’excellence » et « laboratoires d’excellence » - mais ne relâchent pas leurs efforts pour autant. Le rapprochement des universités, amorcé dans le cadre du PRES (Pôle de recherche et d’enseignement supérieur), s’accélère avec la création prochaine de la Nouvelle Université de Bordeaux (NUB) ; elle aboutira, d’ici quelques années, à la mise en commun des forces des Universités Bordeaux I, II (Segalen) et IV (Montesquieu), ainsi que de l’Institut Polytechnique de Bordeaux et Sciences Po Bordeaux.
 
Les spécialistes sont unanime : c’est l’année d’Airbus au Salon du Bourget, et les carnets de commandent sont pleins. Rappelons qu’une partie du meccano que constituent les Airbus est fabriqué dans la banlieue ouest de Bordeaux, et que cette activité connaît une croissance continue. Autre vedette du Bourget : les productions Dassault, qu’il s’agisse des avions d’affaire, des drones ou du Rafale, que l’on parviendra peut-être enfin à exporter. La production des Falcon, sinistrée par la crise financière, reprend ; Dassault bénéficie à nouveau de l’inflation constante du nombre de milliardaires dans le monde et du désir de ces enfants gâtés de posséder leur propre jet. Autre vedette du Salon : l’avion Zéro-G basé à Mérignac. Cet Airbus A300-B2, aménagé pour les vols paraboliques, permet de reproduire les conditions de l’absence de gravité pendant de courtes séquences ; depuis peu, il peut également simuler les conditions de pesanteur martienne et lunaire. Cet avion unique en Europe embarque jusqu’à 40 passagers pour mener à bien des expériences scientifiques en microgravité. Prochainement, il devrait ouvrir ses portes à des particuliers – fortunés – désireux de faire l’expérience de la non-gravité, à défaut de pouvoir s’offrir un séjour dans l’ISS.
 
Transports, vin, culture, recherche, industrie aéronautique : voici quelques-unes des clés de l’avenir et du développement de la ville de Bordeaux dont on peut se réjouir qu’elles connaissent une actualité heureuse.
 

Olivier Costa & Richard Jouvin

Crédit photo Anthony ROJO www.anthonyrojo.canalblog.com


 

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