Le centre historique de
Bordeaux est en effet inscrit au patrimoine mondial de l’
Unesco depuis 2007, en tant qu’ « ensemble urbain et architectural exceptionnel ». De plus, c’est la deuxième ville de France en termes de bâtiments classés et de monuments. Il n’est donc pas étonnant qu’elle attire autant de touristes depuis sa métamorphose en une capitale de province dynamique et moderne.
Néanmoins, le pari d’attirer un jour des touristes à la fois français et étrangers était loin d’être gagné.
Bordeaux a en effet souffert, et continue de souffrir, d’un manque d’accessibilité, dû à sa situation géographique trop excentrée. En attendant la mise en service de la nouvelle ligne de TGV entre
Tours et
Bordeaux prévue pour 2016, il faut toujours une moyenne de trois heures de train pour rejoindre
Bordeaux à
Paris. Quant aux autres lignes ferroviaires qui arrivent dans la capitale girondine, elles ne roulent pas plus vite que des
Corails. Côté aérien,
l’aéroport de Mérignac n’est pas non plus ce que l’on peut appeler un « hub touristique » : en-dehors des grandes villes françaises et de quelques capitales autour de la Méditerranée et dans les pays du Nord de l’Europe, vous ne pouvez pas espérer rallier
New-York ni même
Berlin sans une escale à
Paris CDG. Il n’y a réellement que par la route que
Bordeaux est correctement desservie et qu’elle devient un lieu de passage incontournable pour les vacanciers naviguant entre le Nord et le Sud Ouest ; l’ennui, c’est que ces vacanciers ne font en général que prendre la rocade bordelaise et contourner la ville sans forcément s’y arrêter. La
Garonne offre également le privilège d’une escale dans
le Port de la Lune pour quelques chanceux, dans le cadre des croisières en paquebot qui accostent régulièrement tout au long de l’année.
Si cette imperméabilité permet de maintenir une certaine authenticité et un aspect convivial qui tranche avec la surpopulation estivale de la
Côte d’Azur ou des plages atlantiques, elle constitue également un handicap pour la vie économique locale bordelaise. Avec un manque de rayonnement européen, voir international, c’est autant de touristes en moins qui pourraient normalement consommer et diffuser ensuite l’envie de découvrir
Bordeaux dans leur région d’origine. Il faut donc songer à développer un meilleur accès pour encourager le développement de cette ville et faire de ses quais un symbole de la France au même titre que la
Tour Eiffel ou les calanques de
Marseille. Le projet «
Venir à Bordeaux » répond notamment à cet objectif de dynamisation de
Bordeaux.
Passé ce constat peu optimiste, il convient de préciser que le touriste n’est pas une espèce en voie de disparition sur le bassin bordelais, bien au contraire. Pour être restée l’été entier à
Bordeaux, je peux témoigner de sa présence à plusieurs endroits historiques et animés de la ville. Ainsi, il est de plus en plus fréquent d’apercevoir des groupes de personnes en short, chapeau et tongs aux alentours de monuments tels que la
Porte Cailhau, la
Place de la Bourse ou encore la
Colonne des Girondins ; ils pratiquent en général la « marche touristique » et le « mitraillage photographique », à toute heure de la journée. En soirée, on les retrouve sur les terrasses des
places Camille Julian et du
Parlement, ou encore sur les quais et dans la
rue Saint-Rémi. Ils sont assis à côté de vous, mangent les mêmes choses, mais ils ajoutent cette petite note d’exotisme en parlant la langue de leur pays ;
Bordeaux aura donc pris, cet été, les sonorités anglo-saxonne, allemande ou encore hollandaise, preuve de l’ouverture croissante de la ville.
La Belle endormie s’est réveillée, depuis quelques années, et peut maintenant dévoiler librement ses charmes aux visiteurs du monde entier. Certes, le public qui vient à
Bordeaux reste pour l’instant plus authentique et moins commercial qu’ailleurs en France. Les touristes de cette année sont ceux qui ne connaissaient pas encore la splendeur des quais réaménagés ou ceux qui reviennent car ils ont apprécié cette ambiance de promenade ensoleillée au bord de la
Garonne. Espérons qu’au fil des années, la notoriété de notre ville suive la bonne évolution qu’elle connaît actuellement et dépasse les préjugés et les frontières pour attirer de nouveaux publics.
Elodie Buch