Urbanisme
Bordeaux Euratlantique prend corps !
Le concours d’urbanisme pour la rénovation du quartier Saint Jean Belcier s’est achevé et le lauréat a été présenté au public à l’occasion d’une conférence. Une exposition où les projets finalistes et le gagnant peuvent être admirés a lieu au CAPC.
43 projets étaient en lice pour remporter ce concours. Sur les 43, seuls 4 ont été retenus par le jury. Il s’agit des projets de KCAP et OMA, tous deux cabinets d’architectes urbanistes de Rotterdam, ainsi que le projet de Reichen et Robert & Associés de Paris et Roger Stirk Harbour + Partners de Londres. Finalement, c’est la vision du cabinet Reichen qui a eu gain de cause et qui remporte le concours.
Bordeaux Euratlantique est une opération d’intérêt national décrétée par l’Etat pour une période de 15 ans, de 2010 à 2024. L’Etablissement Public d’Aménagement Bordeaux Euratlantique, avec à sa tête M. Courtois, pilote le projet, qui s’étend sur plus de 700 hectares et 3 communes (Bordeaux, Bègles et Floirac).
Le projet lauréat du cabinet Reichen a été dévoilé au public lors d’une conférence au CAPC le 1er avril en présence de M. Courtois, directeur de l’EPA, M. Feltesse, président de la CUB, M. Reichen, architecte du projet et M. Duchène, adjoint au maire de Bordeaux chargé de le représenter. L’équipe remportant le concours va devenir partenaire du projet et le suivre sur une dizaine d’années. Dans la logique de mise en place d’un projet de rénovation qui va bouleverser et radicalement transformer les quartiers concernés, un dispositif de consultation auprès des habitants a été mis en œuvre afin de les intégrer dans le processus de réhabilitation.
En réalité, la concrétisation de ce projet trouve un écho dans le travail que la ville de Bordeaux et la CUB ont entamé il y a quelques années. En effet, avec la rénovation des quartiers Bacalan, Bastide et Belcier et l’arrivée du tramway, dont le succès ne se dément pas (pour preuve sa prochaine extension jusqu’à Villenave d’Ornon) ; un véritable projet urbain a été conduit et réalisé. Toutefois, M. Feltesse souligne que la question, à l’heure de la métropolisation de la CUB, est de comprendre comment passer d’un projet urbain à un projet métropolitain.
Le projet métropolitain est principalement axé autour des transports, avec la venue de la LGV prévue pour 2016. Cependant, la création d’un centre d’affaire, à l’image de la Défense à Paris, incluse dans le projet de Reichen, correspond aux attentes de la ville en matière de métropolisation en participant à la création de 15000 à 20000 emplois sur 20 ans. A terme, 75000 emplois supplémentaires seront créés d’ici 20 ans par la CUB, alors qu’elle en compte déjà 360000 aujourd’hui. L’objectif est donc ambitieux, mais s’inscrit dans la logique de métropolisation souhaitée. De même, l’accroissement de la population est un autre but majeur, afin de constituer une agglomération qui dépasse le million d’habitants. Néanmoins, si cette augmentation est l’une des priorités les plus importantes, elle n’en sera pas moins réfléchie et intégrée dans une politique de logement et de transport qui minimise la part des véhicules et des constructions individuelles. En effet, le projet porté par le cabinet Reichen vise à accroitre la population d’au moins 15000 habitants en mettant l’accent sur les logements collectifs, comme les immeubles, et en marginalisant les habitats individuels à l’instar des maisons. Cette configuration particulière doit profiter aux usagers et leur faire bénéficier d’un meilleur cadre de vie. La politique des transports imaginée par le cabinet est également ambitieuse et se propose de faire baisser le taux d’utilisation de la voiture à 20% pour ces nouveaux quartiers, tandis que les piétons représenteraient pas moins de 30% de la circulation globale. La zone sera donc optimisée pour les piétons et les moyens de transports collectifs comme les bus et le tramway. Une large place sera également laissée au vélo et à tout autre mode de déplacement vert.
A ce souci de replacer l’individu au centre de la vie de son quartier, s’ajoute la prise en considération des enjeux de développement durable et écologique. A cette fin, le cabinet a insisté sur l’architecture des logements et l’aménagement de l’espace urbain, qui intégrera une forte proportion d’espace vert et des plans d’eau. Les toits seront végétalisés au maximum afin de créer l’illusion d’ilots de verdure. Enfin, le plan d’urbanisme intègre la construction de parking silos de 400 places. Le stationnement sera ainsi mutualisé dans une logique de service aux habitants.
Le choix de remettre l’individu au centre des aménagements urbains répond à la problématique de construction de nouveaux espaces urbains adaptés aux nouvelles pratiques sociales. Toutefois, le parti pris du piéton, cet « éloge de la lenteur » selon les mots de M. Reichen, est radical et constitue un pari risqué pour une agglomération qui nourrit des ambitions métropolitaines. Ce nouvel espace, s’il ne brille pas par l’innovation architecturale, plutôt « classique » en termes d’architecture contemporaine, sera propice à l’essai de nouvelles formes de vivre-ensemble et de solidarité, avec par exemple la mise en place d’habitat coopératif, à l’image de ce que connaissent l’Allemagne ou la Hollande.
Si le projet de M. Reichen a gagné le concours, c’est parce qu’il équilibre sans doute tous les attributs d’une ville vivante, en intégrant commerce de proximité, service à l’habitant, transports en commun, espaces verts, douceur du cadre de vie, préservation du patrimoine (abattoirs de Brienne par exemple)… dans le cadre d’une rénovation qui, si elle porte ses fruits, sera décisive pour le devenir métropolitain de l’agglomération en ouvrant de nouvelles voies en matière d’urbanisme contemporain.
Hugues Riffard
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BRAVO pour cet article de qualite qui permet de mieux comprendre les forces et enjeux !!
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