Patrimoine

Bordeaux et son patrimoine

En ce moment se déroule sur la place du marché de Lerme récemment rénové une exposition retraçant l'existence et le parcours du bâtiment et du quartier. La restauration du marché de Lerme s'ajoute à la liste des multiples autres restaurations déjà entreprises par la ville Bordeaux, soucieuse de préserver son patrimoine, comme en témoignent les réhabilitations de la Halle des Chartrons, de la Cour Mably, de l'espace Saint-Rémy ou encore du théâtre de la Pergola.



A cette occasion, on en profite pour revisiter un peu la cité Bordelaise et remonter dans le temps pour mieux comprendre le développement, le fonctionnement et les problématiques d'un quartier riche en souvenirs et en anecdotes.

La capitale Bordelaise a connu des développements successifs et s'est progressivement constituée, jusqu'à dessiner un ensemble circulaire délimité par des Boulevards que nous connaissons aujourd'hui. Mais à la fin du XVIII° siècle la ville était loin de présenter cette ossature et le bâti bordelais du quartier était cerclé au-delà de la rue de la Trésorerie de vignes et de cultures pour l'essentiel. La Révolution française marque un tournant dans l'histoire de la ville, avec la confiscation des biens du chapitre Saint-Seurin, la vente des ruines du palais Gallien ainsi qu'un vaste mouvement de construction de lotissement qui fut à l'origine du quartier. Nombre de ces constructions furent préjudiciables à la richesse du patrimoine, en témoigne la spoliation des vestiges de l'antique amphithéâtre Gallo-Romain du Palais Gallien, devenu dépôt d'ordures sous la Révolution à partir de 1793, dont on vendit les pierres pour l'élaboration des futures habitations.

Peu à peu, avec l'installation d'artisans, de commerçants et d'autres activités la petite place prend forme, embellie ultérieurement par le travail de l' architecte Etienne Laclotte (1728- 1812).
L'endroit a longtemps changé de nom, s'appelant d'abord place Beauregard, puis place Franklin en référence à Benjamin Franklin, jusqu'à trouver son appellation définitive : place de Lerme du nom d'une ancienne propriétaire riveraine née Lerm. L'amphithéâtre, quant à lui, fut classé en 1840 et préservé dès 1865, et bénéficia par la suite d' installations de mise en valeur et d'embellissement.

Le quartier prit réellement forme lors des grands travaux d'urbanisation et de modernisation entrepris durant le Second Empire : le tracé de la ceinture des grands Boulevards ainsi que l'implantation du nouveau quartier voisin Terre-Nègre permettent de l'insérer au sein de l'agglomération bordelaise et d'en fixer les délimitations. De fait, il est doté d'une vie propre animée par le marché couvert construit sur la place de Lerm qui centralise les activités commerciales et artisanales. La construction d'un marché couvert est fondamentale pour le développement de la vie des quartiers bordelais : très rapidement, les marchés en plein air datant du XVIII° siècle s'avèrent insuffisants, poussant les autorités à envisager une armature plus solide faite de bois. L'artisan de cette rénovation nécessaire fut Charles Burget : il se chargea dans les années 1860 des travaux en tant qu'architecte. Rapidement s'élèvent des bâtis de fer et de verre très représentatifs de l'époque, véritable ère industrielle qui généralise et rend attractif l'emploi de ces matériaux inédits et recherchés et dont les meilleures illustrations sont le Grand Marché (cours Victor Hugo), le marché des Grands Hommes (1864), les Chartrons (1869) ou encore le marché de Lerme (1867).

Cependant, ces diverses constructions ne résistent pas aux temps et aux mœurs qui les accompagnent... ainsi la place de Lerme et le quartier connaissent un lent déclin, depuis les années 1920 où ils pâtissent d'une réputation de saleté, de pauvreté ou encore d'isolement, jusqu'aux années 1970, durant lesquelles la concurrence forcenée et irrésistible des grandes enseignes installées dans les banlieues nouvellement apparues vient signer l'arrêt de mort des petits commerce de proximité qui subsistaient dans le petit quartier et dont le nombre, se réduisant comme peau de chagrin, atteint le triste effectif de deux au début des années 1990.
 
Inexorablement, le marché de Lerme est fermé dans les années 1990, jusqu'à retrouver une nouvelle impulsion avec la vague de dynamisation et de réhabilitation qu'a connue la ville ces dernières années, qui s'emploie à redonner vie à ces lieux de vie symboliques. Afin de réaliser cette ambitieuse renaissance, la ville de Bordeaux entrevoit plusieurs projets originaux concernant l'ancien marché de Lerme, dont celui d'une serre tropicale qui serait, à n'en pas douter, à son aise dans cet agréable espace aéré, lumineux et tranquille que l'on se plaît à surprendre caché au détour d'une ruelle...

Renseignements : D'après l'exposition « Lerme : un marché, un quartier ».

Isabelle Klein
 

 


 

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