Bordeaux « capitale européenne de la culture » ce n’est pas pour tout de suite, mais qu’à cela ne tienne ! La ville a, malgré tout, décidé de mener à bien une partie de son programme pour 2013, à commencer par la mise en place dès cette année d’une
biennale dite « de création urbaine », baptisée
Evento.
Alain Juppé s’est lui-même déplacé à Paris le 9 septembre afin de présenter en grande pompe le projet. Il s’agirait de donner régulièrement carte blanche à une personnalité de renommée internationale afin d’organiser un festival conjuguant art contemporain et urbanisme.
C’est à l’architecte et plasticien franco-portugais
Didier Fiuza Faustino qu’est ainsi revenu l’honneur de superviser la première édition d’
Evento, qui devrait se tenir du 9 au 18 octobre prochains.
Faustino n’a paradoxalement jamais construit une seule maison et s’est fait connaître grâce à ses installations éphémères tels qu’un terrain de basket pour un joueur, ou la
H Box, une installation vidéo commissionnée par Hermès et exposée dans les plus grands musées du monde.
Evento 2009 regroupera, autour du thème « intime collectif », une trentaine de grands noms parmi lesquels les artistes
Dominique Gonzales-Foerster et
Anri Sala, l’architecte
Peter Cook ou le cinéaste
Amos Gitai. Les oeuvres in situ seront exposées aux quatre coins de la ville, parfois dans des lieux peu fréquentés afin de les faire découvrir au grand public. Certaines sont visibles depuis début septembre, comme la spectaculaire passerelle
« Foot path » du japonais
Tadashi Kawamata, qui relie temporairement la place des Quinconces aux quais.
De son propre aveu,
Alain Juppé n’est pas un grand amateur de création contemporaine. Mais la mise en place d’un grand rendez-vous artistique représente une belle opportunité pour la capitale girondine, qui pourrait ainsi gagner en rayonnement culturel et casser son image encore très sage. Reste que la démarche est risquée, car les biennales d’art contemporain se multiplient en France depuis quelques années (
Rennes,
Bourges,
Nantes, etc.), sous l’impulsion de maires en manque de notoriété. De plus, ces événements d’envergure limitée peinent à exister face aux mastodontes que sont la
biennale de Venice,
la FIAC ou
Art-Basel. Cependant,
Bordeaux est loin d’être un no man’s land en termes d’art contemporain. Le
CAPC a constitué, depuis son ouverture en 1973, une importante collection d’oeuvres d’artistes de renom (Sol Le Witt, Daniel Buren et Keith Haring entre autres) et certaines de ses expositions ont déjà fait grand bruit (on se souvient encore de la controverse provoquée par
Présumés Innocents en 2005). Gageons que ce prestigieux héritage saura faire sortir la jeune biennale de
Bordeaux du lot.
Louis Morales-Chanard