SPORT

Bordeaux, l’Aquitaine, terres de rugby

La fin de l’année s’est conclue à Bordeaux par un éclat de joie, le 31 décembre, stade Chaban-Delmas, où le XV de l’UNION a infligé une cuisante défaite (39 à 6) au Stade Français, dont le rose inspirait à nouveau la crainte dans le top 14 après une série de victoires marquantes.
 
Les sourires sur les visages de ce « pré-réveillon » exprimaient de la joie et de la fierté devant une telle prestation, mais laissaient transparaître une pointe d’étonnement, tant cet état de grâce semblait inespéré pour un club promu, qui s’attendait forcément à passer des moments difficiles. Même l’annonce officielle du départ du manager sportif Marc Delpoux ne semble pas pouvoir ternir cette douce euphorie.
 
Pour analyser ce succès, autant s’adresser à l’homme qui a lié son destin à ce club, le président Laurent Marti. Disponible, malgré son agenda chargé de chef d’entreprise, ce dirigeant à double casquette fait l’unanimité depuis qu’il a pris les commandes de l’Union, entre le club « ouvrier » de la banlieue béglaise et le plus « universitaire » Stade Bordelais.
 
Laurent Marti : « Pas des moyens pour monter, monter pour avoir des moyens. » « Etre sérieux sans se prendre au sérieux, orgueilleux en restant humbles »

Le crédit dont il dispose, Laurent Marti en est « conscient, sans fausse modestie ». Il l’explique par son engagement, autant personnel que financier, et, dans un sourire, par le fait qu’il ne soit arrivé qu’après la fusion, événement toujours délicat dans la vie d’un club. Ce qu’il ne dira pas, c’est qu’en plus de ses qualités de dirigeant, ce natif de Bergerac, ancien junior Reichel du Stade Toulousain, n’a pas besoin, à la différence d’autres dirigeants de clubs, qu’on lui explique ce qui se passe sur un terrain ou dans les vestiaires.

Il restera Toulousain d’adoption, il s’y implantera professionnellement, mais avoue que « si c’était à refaire, il choisirait Bordeaux » pour « sa douceur de vie, son architecture mise en valeur ces dernières années, le vin, le Bassin et l’Océan… », mais aussi d’un point de vue économique, car « si Toulouse est plus aboutie, il reste des projets à mettre en œuvre à Bordeaux. »
 
Avec son équipe, il a réussi à attirer dans son sillage des partenaires pour un projet qui diffère de ce qui devient la norme dans le rugby pro. En effet, alors que Lyon (l’autre promu) affichait les moyens de son ambition depuis quelques années, la montée en top 14 de l’Union était inespérée, presque imprévue. Le Président balaie d’un revers de main l’idée que le club ne soit pas prêt à assumer le très haut niveau. Il dit, le regard rieur, « en novembre 2010, après avoir rencontré les prétendants à la montée, j’ai annoncé aux joueurs qu’ils joueraient en Top 14 la saison prochaine ! » Pour lui, « il ne faut pas des moyens pour monter, il faut monter pour avoir des moyens ». « Si le spectacle est de qualité en plus, les gens suivent… » Et ils suivent ! « Des groupes comme Eiffage, Fayat, Vinci… ont consenti de gros efforts supplémentaires ». Quant au public, « nous sommes dans les plus grosses affluences du Top 14 et chaque match à Chaban-Delmas s’est soldé par un succès, ce qui prouve que Bordeaux reste une terre de rugby. »
 
Se pose alors la question du stade résident : le projet de Grand Stade pour les Girondins de Bordeaux laisse Chaban-Delmas comme alternative à un Stade André Moga qui nécessite des transformations pour installer l’Union dans la cour des grands. Les choses semblent aller dans le sens des vœux du président Marti : « une rénovation de l’ancien Musard pour conserver un socle ‘historique’ cher aux aficionados et des têtes d’affiches en grandes fêtes du rugby à Chaban pour attirer un plus large public. » Tout est réuni pour catalyser un fait contextuel : l’image écornée du foot semble profiter au rugby et les soucis de début de saison des Girondins de Bordeaux contrastent avec l’ambiance festive qui réveille les travées de Lescure les soirs d’ovalie.
 
Laurent Marti : « De bons joueurs, de bons mecs surtout ! »

D’un point de vue sportif, la bonne surprise réside dans l’esprit d’équipe qui transpire de ce groupe, dans la difficulté comme dans la victoire. C’est un facteur primordial pour un club qui ne cherche pas à concurrencer les grosses écuries dans la course aux « stars », mais a réussi à recruter des joueurs qui se fondent dans un collectif, encadrant des jeunes sans complexes. Pour Laurent Marti, plusieurs paramètres expliquent cet amalgame gagnant : « Les compétences, la cohérence du staff sportif, le charisme de Marc Delpoux, l’ambiance sereine de la ville et du club et surtout, nous n’avons pas besoin que de bons joueurs, mais aussi de bons mecs, c’est un critère qui compte beaucoup pour nous… »

 Cependant, en prenant un peu de recul, on se dit que, malgré ce brillant début de saison, rien n’est acquis pour le maintien et que si les Bordelo-Béglais devaient y parvenir, ça signifierait qu’un « gros » du championnat descendrait en Pro D2. Là, Laurent Marti ne sent pas un de ses concurrents sombrer à ce point : « Jamais il n’y à eu un classement si resserré en Top14, le niveau est élevé, pas d’équipe reléguée à la mi-saison, aucun terrain où il est facile d’aller prendre des points… » Mais gouverner c’est prévoir et quand une possible descente est évoquée, le président rassure en évoquant les paroles de Matthew Clarkin : « Si nous descendons, c’est nous en tant que joueurs qui en portons la responsabilité, c’est donc à nous d’assumer. » En effet, cinq cadres de l’équipe (Heini Adams, Bruce Reihana, Justin Purll, Julien Rey et Adam Jaulhac) viennent de prolonger leur contrat. Un autre signe encourageant, c’est que « quand on discute avec des agents de joueurs, ils confirment que beaucoup de joueurs montrent plus d’intérêt pour Bordeaux qu’auparavant ! »

  Quant au départ de Marc Delpoux (vers Perpignan), il ne semble donc pas engendrer de fuite de joueurs comme on peut le craindre à Agen après l’annonce du départ de Lanta et Deylaud. Ce qui permet à Laurent Marti de relativiser : « Marc a fait du très bon boulot à l’Union, mais l’Union l’a mis dans de très bonnes dispositions pour qu’il puisse se relancer… » Lorsqu’il évoque le profil du successeur de Delpoux, il commence par évoquer tout le mérite et les compétences du trio d’entraineurs Armand-Etchetto-Loustau. Bien sûr, une figure emblématique serait un plus pour ce club encore adolescent, mais Marti n’a pas besoin d’un manager « à l’anglaise », obsolète pour un président qui connaît le rugby. Ce qu’il cherche, c’est un « entraineur en chef » pour encadrer son staff jeune mais qui garde toute sa confiance. « Nous ne sommes vraiment pas pressés de trouver quelqu’un, et nous le choisirons ensemble » ce qui est rare et laisse à penser que devant une telle entente et avec de tels résultats, il n’est pas évident que l’Union ait besoin de qui que ce soit…

Cette neuvième place au classement, et surtout la manière et l’envie dont a fait preuve l’équipe, ont permis à tout le club de « vivre six mois de bonheur, de sourires, après ces années de labeur et de doutes, on apprécie vraiment… Mais on s’y remet de suite, la tête dans le guidon pour préparer la saison prochaine ! »
 
Jean-Charles Combes
 

PS : Après la redaction de cet article, nous avons appris que Laurent Armand l’entraîneur des avants de l’Union Bordeaux-Bègles a été victime d’un accident vasculaire cérébral. Toutes nos pensées vont vers lui et sa famille. Nous lui souhaitons un très bon rétablissement. 


 

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