Bordeaux, nouvelle destination touristique à la mode ?

Il n’aura échappé à aucun Bordelais que les touristes ont pris Bordeaux d’assaut. Si leur présence reste encore discrète, comparée à ce qu’elle est à Paris, Strasbourg ou Nice, elle est désormais manifeste. La cité, jadis quelque peu assoupie pendant l’été, est de plus en plus animée, bigarrée et polyglotte à cet époque. Cela n’a rien de surprenant : d’importants efforts ont été consentis par la ville et par l’industrie locale du tourisme pour parvenir à ce résultat et faire fructifier le capital que constituent la rénovation de la ville et son classement au patrimoine mondial. En effet, il ne suffit pas d’avoir une belle ville pour attirer les touristes : encore faut-il le faire savoir, les accueillir décemment et leur proposer des activités pour faire durer leur séjour.
 
Le regain touristique de Bordeaux est avant tout le résultat du changement d’image de la ville. Au-delà de la notoriété spontanée qui s’attache à son nom, Bordeaux a longtemps souffert d’un déficit d’image ou de l’image d’une ville en déclin. Ville du vin, elle n’impose pas dans l’imaginaire collectif une représentation typique, un bâtiment hors du commun, un musée de premier ordre, une spécificité architecturale unique, un événement culturel incontournable. Bordeaux est une ville dont l’identité est fondée sur un patrimoine historique dense, une harmonie architecturale remarquable et un dialogue avec le fleuve : mais cela n’a rien d’unique.
 
Il est toujours frappant de voir les réactions des visiteurs, français ou étrangers, qui découvrent Bordeaux. Ils sont toujours impressionnés par la majesté de la ville : « je ne savais pas que c’était aussi beau » est probablement la réflexion la plus entendue autour du miroir d’eau de la Place de la Bourse. J’ai pu en faire l’expérience récemment en regardant le Tour de France en compagnie d’inconnus sur la télévision d’un salon d’aéroport. La phase finale de l’étape du 23 juillet vers Bordeaux a été l’occasion de très longues vues aériennes de la ville. Parmi les spectateurs autour de moi, les commentaires allaient bon train sur la majesté des quais (façade interminable d’immeubles de pierre parfaitement assortis et rénovés, aucunement interrompue par des constructions récentes), la modernité de l’aménagement des quais (miroir d’eau, jardins, promenades, espaces de loisir), la mise en valeur de la cathédrale Pey Berlan (aussi convaincante vue du ciel que vue du tram), les proportions hors-normes de la place des Quinconces (plus grande place d’Europe, même si bien des villes revendiquent cela). Soulignons la clairvoyance des édiles bordelais qui ont appelé les organisateurs à faire aboutir l’étape tout au long des quais et non plus, comme par le passé, dans le vélodrome du stade Chabans-Delmas ou autour du sinistre Parc des expositions du Lac.
 
On s’interroge souvent sur la pertinence pour une ville d’accueillir le Tour de France. Les coûts directs et indirects sont importants, les nuisances en terme de circulation et d’accès sensibles, le retour sur investissement incertain. Les élus sont souvent soupçonnés de n’agir que par vanité. Dans le cas de Bordeaux, l’arrivé du Tour sur les quais a permis à des millions de téléspectateurs d’actualiser leur vision de la ville ou, plus surement, de s’en construire une : un ensemble architectural d’un classicisme unique, parfaitement préservé, ourlé d’un fleuve majestueux, à défaut d’être bleu – la faute aux marées qui bousculent les eaux jusque dans la ville, et non à quelque pollution.
 
Gageons que des événements de ce type contribueront, du fait de leur large médiatisation, à alimenter le flot de touristes, français et étrangers, vers Bordeaux.
 
Olivier COSTA et Richard JOUVIN

 

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