Sociale

Bordeaux, ville solidaire ?

Les festivités de fin d’année qui viennent de s’achever ne doivent pas faire oublier les difficultés auxquelles sont confrontées les personnes isolées socialement ou dans une situation précaire. En 1999, la ville de Bordeaux lançait son premier projet social avec la volonté de réduire la fracture sociale. En janvier 2010, le troisième projet social a été voté par le conseil municipal : il établit un plan d’actions pour les cinq ans à venir. Bordeaux est une des seules villes en France à s’être dotée d’un projet social en bonne et due forme sur le long terme. Mais cette politique est-elle efficace pour réduire les inégalités et la pauvreté ? Quels sont les buts fixés et les projets en cours ou achevés ? Et comment se classe la ville dans ce secteur par rapport aux autres villes françaises ?

Les deux priorités de l’actuel projet social sont « Mieux vivre ensemble » et « Une place pour chacun ». Autour de cela s’articulent 84 actions dans tous les domaines, qui prolongent en partie les chantiers entrepris dans le cadre du deuxième projet social entre 2005 et 2010. Ceci est rendu possible par la mise en place, depuis 2009, d’un forum social. En effet chaque année toutes les parties prenantes au projet se réunissent. Elles font le point sur les avancées effectuées et les obstacles rencontrés, afin d’ajuster, en temps réel, les actions menées. Ainsi en 2007 la ville a obtenu le label « Tourisme et handicap ». Elle souhaite aujourd’hui continuer à favoriser l’intégration des personnes handicapées. Si l’on s’intéresse à la participation des habitants à la vie politique, les conseils de quartier sont devenus des lieux de concertation et d’information très prisés. Et c’est au vue de cette implication active, que la mairie va encore plus avant. Le 1 décembre 2010 le site jeparticipe.bordeaux.fr a été mis en ligne. Grâce à un ciblage géographique et/ou social, il doit permettre l’expression des citoyens sur des sujets qui les concernent directement. 
 
Pour montrer son implication dans le domaine de la solidarité, la ville de Bordeaux participe aussi aux événements nationaux avec vigueur. En novembre, pour le mois de l’économie sociale et solidaire, la CUB a proposé des formations gratuites au secourisme ou autour des droits et de la protection des mineurs. Des rencontres ou des conférences étaient aussi à l’affiche sur les manières d’entreprendre autrement.
 
Mais cet engagement n’est pas qu’un engagement ponctuel ou une simple déclinaison régionale d’une impulsion nationale. Ainsi, la région Aquitaine a fait de l’économie sociale et solidaire, un des piliers de sa politique et un de ses objectifs prioritaires sur le long terme. L’appel à projets de mutualisation a par exemple permis, de faire naitre un multiservice de commerce équitable dans la région agenaise en 2007. La même année, un guide regroupant l’ensemble des structures fonctionnement sur le modèle de cette économie a été publié afin d’aider efficacement les acteurs locaux souhaitant s’engager dans cette voie. Autre initiative, la cow parade qui a animé Bordeaux cette été. Cette manifestation économique et touristique avait un but caritatif : au terme de l’exposition, les vaches ont été vendues aux enchères, et la moitié de la somme récoltée reversée à la Banque Alimentaire de Bordeaux et de Gironde. Les 180 000 euros vont servir à financer un projet qui, faute de moyens, avait été mis en veille : une maison du partage. En plus de fournir des denrées alimentaires, elle aidera les personnes en difficulté à se réinsérer.
 
Du côté des citoyens, on observe aussi un fort dynamisme. Plus d’une centaine d’associations sont dédiées à l’entraide et à l’action sociale. Les Girondins ne sont pas en reste quand il s’agit de participer aux manifestations nationales. En Gironde ouest le Téléthon mobilise d’année en année près de 120 communes (sur 199) et les dons récoltés dépassent le million et demi d’euros.
Alors solidaires, Bordeaux et la région Aquitaine ? Plusieurs ombres viennent ternir ce beau portrait. Tout d’abord un rapport du CCAS rendu public en 2008 indiquait que 25% de la population bordelaise vivait sous le seuil de pauvreté quand la moyenne de nationale se situait autour de 13%. Un groupe facebook « Pauvreté à Bordeaux : Je veux une ville solidaire ! » avait même été créé à l’occasion par Mathieu Rouveyre conseiller municipal et conseiller général. Avec la crise économique, les chiffres n’ont guère évolué. Et, selon l’Insee, 1 Aquitain sur 8 vivait sous ce seuil en 2008 (contre 1 sur 9 en 2004) avec des difficultés plus marquées en Dordogne et dans le Lot-et-Garonne. Le nombre de personnes aidées par les associations caritatives reste également très élevé. Le restaurant d’insertion la Marmite géré par Envol 33 et situé dans le quartier Saint-Michel à Bordeaux sert ainsi plus de 20 000 repas par an, le Secours Populaire ne compte pas moins de 15 comités et de 11 antennes en Gironde…Et la Bodega du cœur, repas de noël offert par le restaurant bordelais du même nom aux familles défavorisées, bénéficie chaque année à plus d’un millier de personne. Il reste donc du chemin à parcourir pour que les expressions « ville solidaire » et « région généreuse » ne soient pas que des concepts de marketing territorial mais des réalités bien ancrées…
 

Sarah Pineau


 

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