Citoyens

Bordeaux vu par une Allemande : la ville des vacances au quotidien

Les premières semaines à Bordeaux sont comme des vacances sans fin. A condition d’arriver au printemps ou en été, ce qui était mon cas. Et pourtant j’avais commencé à travailler le lendemain de mon arrivée ! Mais tous les matins j’avais cette même impression. Je passais devant le Marché des Capucins au moment où les vendeurs étaient en train de monter leurs stands, et discutaient entre eux ou avec les vendeurs des boutiques arabes d’à côté. Quelques fois je me suis même arrêtée pour boire un café dans cette atmosphère affairée et matinale. Il faut savoir que, même si en Allemagne chaque ville, chaque quartier a son marché, nous ne partageons pas cette culture. Les légumes sur les marchés allemands sont plus chers qu’au supermarché ; on y va pour faire ses courses et on est vite reparti. 
 
D’ailleurs tous les visiteurs allemands tombent sous le charme du quartier St Michel : la vue magnifique sur les toits quand on monte sur la flèche de la Basilique St-Michel, l’apéro sur la place... En bas du clocher de la Basilique on retrouve encore les photos des momies qui en 1843 (à l’époque exposées à cet endroit) incitent Théophile Gautier de dire : « Il n'est jamais sorti de la nuit allemande de plus abominables spectres ». Mais, rassurée j’ai su par la suite que c’était la lecture de Faust (sabbat de Brocken) qui avait inspiré l’écrivain, et pas une quelconque peur des Allemands. Et presque toujours, après avoir découvert le quartier St. Michel, les visiteurs Allemands font la comparaison avec Berlin. Les projets de transformation font penser à des quartiers de Berlin Est, comme Prenzlauer Berg, après la chute de mur. Des quartiers avec des loyers modérés, des bâtiments non rénovés mais aussi beaucoup de charme et des lieux de culture alternative un peu partout. Dans ces quartiers berlinois, une maison a été rénovée après l’autre, des magasins life style et des coiffeurs chics ont remplacé les anciennes boutiques, et la population a changé avec l’inflation des loyers, attirant des gens plus aisés. Parmi eux, beaucoup d’Allemands de l’ouest et des étrangers, notamment de nombreux Français ! La question s’impose alors dans les discussions entre Allemands : est-ce que le même destin attend le quartier St Michel ?
 
Une fois quitté ce quartier, et après une promenade dans St Pierre et le centre-ville, l’œil allemand est impressionné par le nombre et la taille (!) des anciens bâtiments. Et par la proximité de la mer qui devient concrète les jours où un grand bateau de croisière s’arrête le long des quais et dépasse les bâtiments de la ville, ou les jours de l’incroyable phénomène du Mascaret. Un sentiment de vacances domine alors, pas seulement pour les touristes mais aussi pour moi, une Allemande installé à Bordeaux depuis deux ans.
 
Bordeaux ne sort toutefois pas victorieuse de toutes les comparaisons avec l’Allemagne et avec ma ville natale, Stuttgart. Quand j’attends le tram (qui ne marche pas quand il pleut et pas toujours quand il ne pleut pas) je ne peux pas m’empêcher de penser à la Stuttgarter Strassenbahn, et depuis que j’ai fait mon permis de conduire à Bordeaux, je n’ai rien désiré plus profondément que de retrouver les conducteurs respectueux de l’Allemagne. Allemagne, qui se manifeste quelque fois là où on ne s’y attend vraiment pas : quand le propriétaire du Bar Saint Christophe, pourtant libanais, vous parle en allemand et vous invite à des rencontres autour d’une fête allemande, comme le Cortège de Saint Martin, ou quand on passe devant le bar « allemand » Wunderbar qui a récemment ouvert ces portes près du boulevard Victor Hugo, et qui promeut la culture allemande, en vendant essentiellement des… Jägermeister  !
 
Tinette Schnatterer

 

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