Société
Comment s’engager pour la future métropole bordelaise ?
En cette fin d’année 2011, le Conseil de Développement Durable (C2D) de la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB) achève sa recomposition et se relance dans un nouveau cycle de travail pour les trois années à venir. Le C2D est aujourd’hui composé d’environ 200 membres bénévoles, qui par le biais de leurs propositions collectives, contribuent à l’aménagement du territoire bordelais. Le C2D permet aux citoyens d’influer et de peser sur les politiques publiques et privés qui concernent le développement de l’agglomération.
Inventivité, liberté de ton et indépendance constituent les piliers du travail du C2D. La loi d’Orientation pour l’Aménagement et le Développement Durable du Territoire du 25 juin 1999, dite loi « Voynet », qui crée les Conseils de Développement met en avant leur liberté d’organisation Ceux-ci s’organisent librement et sont consultés sur « toute question relative à l’agglomération, notamment sur l’aménagement et le développement de celle-ci.
[1] ». Ces principes trouvent leur traduction dans la liberté de ton du C2D quant au traitement des sujets sur lesquels il travaille. Il ne s’agit pas en effet d’une instance citoyenne institutionnalisée, mais plutôt d’une assemblée de citoyens et d’habitants, vivant sur le territoire de la CUB et y travaillant dans divers secteurs, ayant à cœur d’œuvrer pour le développement du territoire. C’est aussi pour ces raisons que le C2D est présidée à l’heure actuelle par une philosophe, Fabienne Brugère, qui incarne l’indépendance et la liberté de ton de cette assemblée.
Ainsi, le C2D se fait la chambre d’écho des aspirations citoyennes. Nombre de ses travaux vont dans ce sens. Le reportage radioethnographique réalisé par les membres du C2D intitulé « A haute voix » (2010), en constitue un excellent exemple. Interrogés par la CUB sur les attentes citoyennes sur la métropole de 2030, les membres du C2D sont partis sur le terrain récolter les paroles des habitants du territoire – enfants, retraités, handicapés, gens du voyage et personnes en situation de précarité – pour ensuite les regrouper, sous la forme d’une mosaïque sonore et relayer ainsi la voix des citoyens ordinaires. De la même manière, le C2D organise régulièrement, en partenariat avec Sud Ouest, les « Cafés de la controverse », qui sont des débats publics. Les derniers en date, « Sport sous perfusion publique ? » et « Le développement durable : imposture ou nécessité ? », regroupant des intervenants locaux et nationaux, visent le même objectif : créer un cadre convivial pour permettre aux citoyens de se réapproprier des sujets politiques et d’exprimer leur avis.
Diversité des profils et variété des points de vue constituent l’identité du C2D. Cependant, la polyphonie qui caractérise le C2D ne s’opère pas au détriment d’une certaine harmonie et qualité dans son travail. Pour innovantes que puissent être les propositions des membres du C2D, elles sont toujours effectuées dans un rapport de complémentarité avec l’action publique communautaire. Pour travailler, les membres se réunissent bénévolement en petits groupes (quinzaine de participants). Afin d’élaborer des propositions, les groupes sont parfois amenés à auditionner des spécialistes du sujet sur lequel ils travaillent pour à terme, effectuer une synthèse des débats et rencontres et en tirer un document, notamment à l’adresse des élus.
Saisines et autosaisines permettent de comprendre le rapport du C2D avec les élus. Dans le cadre d’une saisine, l’exécutif de la CUB pose une question aux membres du C2D sur un enjeu particulier, tel que la « Charte de la participation » (2009). Ce document, co-produit avec les élus et les services de la CUB, encadre aujourd’hui les dispositifs et processus de concertation sur le territoire de la CUB. Aux saisines, font écho les autosaisines. Ce sont les membres du C2D qui identifient des enjeux naissants sur l’agglomération et s’organisent afin de les relayer auprès des élus. Le groupe « Environnement et modes de vie » (2009), s’est penché sur les problématiques environnementales émergentes, celles des pollutions de l’eau liées aux résidus médicamenteux en tête. Grâce au travail des membres du C2D, ces nouvelles pollutions, peu connues du grand public et des élus communautaires, sont désormais inscrites sur l’agenda politique de la CUB pour faire l’objet d’une prise en compte par les élus.
Paritaire et divers dans sa composition, le C2D regroupe des représentants d’entreprises, des acteurs du monde socio-culturel et associatifs, des universitaires et des étudiants, tous citoyens et habitants de l’aire urbaine bordelaise. Au cours de sa recomposition, l’ouverture et la démocratisation de l’assemblée ont constitué des principes forts. Ainsi, environ un quart des membres du C2D ont été sollicités suite à un appel à candidature, basé sur le volontariat, ou à un tirage au sort, effectué sur l’ensemble de l’agglomération et constituant un précédent dans l’histoire récente des Conseils de Développement. Le recours à ces deux méthodes permettant d’introduire au C2D des individus qui n’y auraient pas spontanément pris part, mais aussi de laisser plus de place au hasard, afin d’animer cette assemblée et de réaffirmer son indépendance, sa liberté de ton et même son audace, sans négliger la nécessité d’incarner le plus justement possible la diversité sociale et démographique de l’agglomération.
Aujourd’hui, fort de ses expériences passées, le C2D entame un nouveau cycle de travail pour les trois années à venir. Celles-ci constitueront l’occasion de réaffirmer son rôle d’écho des aspirations citoyennes, de révélateur des intelligences collectives locales et de force de propositions pour participer collectivement à l’élaboration de l’agglomération de demain.
Pierre Bussière - Chargé de mission C2D
[1] Extrait de l’article 26 de la LOADDT du 25 juin 1999.