AMENAGEMENT
Développement durable et politique de transport
La cité s’est depuis un certain temps fait connaitre pour ses nombreuses politiques menées en faveur du développement durable, notamment dans les transports, avec l’arrivée du désormais incontournable tramway.
Bordeaux s’est lancée en grande pompe dans le développement durable depuis quelques années, avec la mise en route des lignes de tramway afin de réduire les embouteillages, favoriser de la sorte la circulation et élargir le les zones piétonnières en centre ville. Sur le papier, le tram est une belle réussite technologique et municipale. Pourtant, c’est faire peu de cas de ses débuts hasardeux, de ces pannes à répétition qui exaspèrent les voyageurs au quotidien et des perturbations causées au trafic routier, qui, s’il a baissé, n’en est pas moins important. De même, le tramway, qui semble être la principale vitrine de la ville en matière de développement durable, ne rencontre pas forcément le consensus dans les quartiers désignés pour son passage et soulève le mécontentement des riverains, principalement des commerçants, au motif que les clients ne pourront plus se garer et faire leurs courses tranquillement. C’est par exemple le cas rue Fondaudège, où le projet de travaux d’une extension du réseau tram fait face à une vive résistance. De plus, le développement du réseau de tram s’accompagne d’une politique de durcissement vis-à-vis des automobilistes en matière de stationnement et de circulation. Les places de parking payantes sont désormais légions et tout est fait pour décourager un conducteur d’emprunter sa voiture avec la multiplication des patrouilles d’ASVP, qui traquent impitoyablement le moindre écart de conduite, mais aussi les changements des plans de circulations, qui mettent à l’honneur les « sens interdits » et autres subtilités du code de la route pour rendre la vie infernale aux automobilistes à l’exemple de ce qu’a fait la ville de Toulouse.
Toutefois, Bordeaux prolonge sa politique de développement durable avec la mise sur pied d’une politique de transport adaptée dont le tram n’est qu’un aspect, certes le plus imposant et le plus couteux. Les bus de ville roulent ainsi à « l’énergie propre », c'est-à-dire au gaz naturel pour réduire les émissions de dioxyde carbone. Néanmoins, malgré les efforts apportés sur les bus, ceux-ci restent malgré tout peu adaptés à la circulation en agglomération, notamment en centre ville, où leur volume est problématique sur les axes secondaires pour les autres usagers de la route. Si l’introduction du tram a permis de supprimer un certain nombre de lignes qui se révélaient superflues, c’est peut être l’architecture et la maniabilité des bus qui seraient maintenant à revoir afin de faciliter leurs mouvements.
De plus, Bordeaux, toujours en accord avec une politique de transport qui s’inscrit dans le développement durable, a récemment inauguré le Vcub, où vélo en libre service à la façon des Vélib parisiens. Cette heureuse initiative, en permettant à tout un chacun de pouvoir bénéficier des joies du vélo en ville, s’inscrit dans une promotion municipale du déplacement en deux roues pour désengorger le centre des véhicules à moteur entamée depuis plusieurs années avec quelques succès, mais aussi quelques plantages. Ainsi, si les vélos sont si ardemment défendus en place publique, c’est d’abord parce que c’est une solution économique et à moindre frais de transport individuel mis à disposition de la communauté. Ils jouent un rôle évident de désengorgement du centre ville des véhicules à moteur. La municipalité a installé des pistes cyclables sur la majorité des grands axes, quand bien même persistent certaines aberrations qui obligent le cycliste à mettre pied à terre ou à poursuivre sur la chaussée une route périlleuse au milieu des camions et voitures de toutes sortes. Après le succès rencontré par le prêt de vélo par la mairie de Bordeaux, l’étape suivante était logiquement l’installation d’un système de deux roues en libre service par la CUB. L’idée est fort séduisante et offre de nouvelles perspectives, mais on peut d’ores et déjà en tirer quelques leçons. D’une part, la disposition des stations à vélo laisse à désirer, certaines, dans les lieux publics les plus fréquentés, étant littéralement prises d’assaut tandis que d’autres, les stations périphériques situées après les boulevards généralement, sont désertées par les utilisateurs, qui privilégient le tram au vélo pour de longue distance. D’autre part, cette disposition si particulière induit un déséquilibre entre les disponibilités en bicyclettes des stations, déséquilibre qui se traduit malheureusement la plupart du temps en défaveur de l’utilisateur, qui se voit bien souvent obliger de continuer son chemin de plus en plus loin jusqu’à trouver une station où pouvoir remettre son vélo. Ce désagrément de taille dans la gestion de la disponibilité des Vcub a rapidement fini par convaincre un certain nombre d’usagers de ne plus retenter l’expérience surtout que la vocation première des Vcub est d’être utilisés pour les courtes distances intra muros, distances que l’on peut aisément franchir avec un autre moyen de transport moins contraignant (tram, bus, rues piétonnes).
Le paradoxe bordelais en matière de politique de transport et de développement durable réside dans le fait, que malgré sa taille humaine où l’on peut se déplacer rapidement d’un endroit à un autre sans plus de difficulté et sans perte de temps inconvenante - même à pied - les transports publics, qu’ils soient en commun ou individuels, se multiplient toujours plus, mais semblent peu adaptés à la dimension réelle de l’agglomération et ne sont pas ou peu homogénéisés tant leur répartition met en relief des inégalités dans les dessertes, certaines étant en « sur-dotation » tandis que d’autres souffrent d’une insuffisance chronique.
Hugues Riffard