Politique
Elections cantonales : quels enjeux en Gironde ?
Les 20 et 27 mars prochains auront lieu les élections cantonales dans toute la France. En règle générale, ces élections mobilisent peu la population. Un tel détachement a plusieurs explications. Tout d’abord, tout le monde ne vote pas en même temps, tous les cantons n’étant pas renouvelables. Ensuite, Paris n’est pas concerné, car le territoire de la capitale recouvre aussi le département. C’est le conseil de Paris qui fait office de conseil général et de conseil municipal. Or les médias ont parfois quelques difficultés à s’intéresser aux événements ne touchant « que » la province. Enfin, les citoyens comprennent mal le rôle du conseil général et connaissent peu, généralement celui qui en est à la tête. Pourtant, compte tenu du contexte, celui de la réforme des collectivités territoriales et du calendrier, nous sommes à moins d’un an des présidentielles, ces élections sont loin d’être sans enjeux. Zoom donc sur les cantonales en Gironde…
Commençons par le
nombre des cantons renouvelables : trente-et-un. Poursuivons avec l’état des forces en présence : seuls 4 cantons sont à ce jour détenus par l’UMP, les 27 autres conseils généraux sont dirigés par des présidents socialistes ou apparentés à gauche. Si la plupart des conseillers sortants devraient être réélus sans difficulté majeure, il n’empêche que le fait que des personnalités locales, et pas des moindres, remettent en jeu leur mandat lors de ces élections donne du piquant au scrutin. Ainsi Philippe Madrelle le sénateur-président du CG 33 se représente devant les électeurs de
Carbon Blanc. Deux députés seront également en lice, Michelle Delaunay à
Bordeaux 2 et Philippe Plisson à
Saint-Ciers. A
Sauveterre, c’est le leader de l’UMP à l’assemblée, Yves d’Amécourt, ami personnel par ailleurs du premier ministre François Fillon, qui se porte à nouveau candidat. Enfin de nombreux vice-présidents du conseil général seront aussi de la partie : parmi eux Gilles Savary à
Talence, Bernard Dussaut à
Monségur, ou encore Jacques Respaud sur
Bordeaux 6…
Côtés cantons, quelques-uns sont susceptibles de changer de majorité pour des raisons diverses : à Auros par exemple la succession de la socialiste Martine Faure est ouverte, car le candidat PS, Francis Zaghet actuel maire de Pondaurat, doit faire ses preuves. A Cadillac, le sortant Hervé de Gabory (PS) ne se représentant pas, la fédération socialiste a désigné Guy Moreno, maire de Lestiac. Mais le Front de Gauche et Europe Ecologie-les Verts ont fait le choix de présenter aussi des candidats, ce qui fait que la gauche avance en ordre dispersé dans un canton où le basculement à gauche est tout récent (2004). A l’opposé, le retrait de Gérard César (UMP) sur le canton de Pujols laisse une chance à la maire du chef-lieu Marie-Emilie Sallette (PS), très appréciée localement, qui aura en face une magistrate, Liliane Poivert. Enfin, les résultats obtenus par les candidats écologistes permettront de mesurer la solidité de l’ascension électorale d’Europe Ecologie –les Verts à un an des présidentielles. Ainsi à Mérignac le vice-président de la CUB Gérard Chausset a fait part de sa candidature. Compte tenu de sa position d'élu municipal mérignacais, il pourrait faire un score tout à fait honorable face aux deux autres candidats Jacques Fergeau (PS), maire de Saint-Jean-d’Illac, et Thierry Millet ( Nouveau Centre –UMP).
Néanmoins c’est surtout sur le
canton de Bordeaux 2 que se focalise l’attention : en effet c’est ici que Michèle Delaunay , députée socialiste, a battu Alain Juppé en 2007 sur la 2è circonscription. Le maire de Bordeaux et actuel Ministre des Affaires Etrangères fait donc du basculement de ce canton une affaire personnelle. Les efforts sont maximum pour favoriser la candidate UMP, Anne-Marie Cazalet.
Un accord a ainsi été conclu avec le Nouveau Centre et avec le Modem pour qu’ils ne présentent pas de candidats sur ce canton. Didier Cazabonne (MODEM), adjoint au maire de Bordeaux a accepté d’être suppléant. Pour autant, Anne-Marie Cazalet ne semble pas en mesure de remporter face à Michèle Delaunay, solidement implantée. L’enjeu principal de l’élection sur le canton de Bordeaux 2 consiste surtout, pour l’UMP, à remobiliser un électorat UMP bordelais qui semble lui faire défaut depuis la campagne municipale d’Alain Juppé en 2008.
Au niveau des thématiques abordées dans le cadre de ce scrutin, la campagne des cantonales a commencé tôt en Gironde et accorde une large place aux débats environnementaux et urbains.
La question de la rentabilité et du coût pour les usagers de l’A65 ouverte en décembre est fréquemment posée, tout comme
l’épineux dossier de la LGV. Le projet euratlantique n’est pas non plus en reste :
les oppositions sont nombreuses à cause de l’ampleur des travaux que laisse entrevoir la réalisation de ce complexe, plus gros projet d’aménagement urbain en France à ce jour.
Sans intérêts ces cantonales ? Ce bref état des lieux montre tout le contraire…
Sarah PINEAU