Université

Enseignement supérieur : Vers un établissement unique ?

Avec 4 universités, 17 grandes écoles et écoles d’ingénieurs, Bordeaux compte 62 000 étudiants. Elle est la 2ème agglomération de France de plus de 500 000 habitants au regard du nombre d’étudiants pour 100 habitants (source : bordeauxregion.com). En 2007, une partie de ces établissements a esquissé un rapprochement pour donner naissance au PRES « Université de Bordeaux », Pôle de recherche et d’enseignement supérieur, établissement public de coopération scientifique. Aujourd’hui l’ambition est tout autre, puisque les différents partenaires se sont engagés dans la création d’un grand établissement unique. L’objectif ? Faire de Bordeaux une grande université européenne à forte visibilité afin de la rendre attractive aux niveaux national et international. Le projet en détails…

Le PRES a déjà permis à ses membres (les 4 universités bordelaises, l'Institut polytechnique de Bordeaux, l'ENITAB et Sciences Po Bordeaux) d’être retenus par le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche dans le cadre de l’opération campus et de bénéficier à ce titre d’une dotation en capital de 475 millions d’euros. Mais le fonctionnement actuel manque encore de cohérence puisque les parties prenantes du PRES conservent leur personnalité juridique propre ce qui peut conduire à des télescopages, pour reprendre les mots de Marcel Tunon de Lara, Président de l’Université Bordeaux Segalen depuis trois ans et Président du PRES depuis janvier : « le PRES peut prendre une décision et un établissement décider du contraire. Pour gouverner d’une manière satisfaisante, il faut qu’il y ait une hiérarchie, une gouvernance qui permette de parler d’une seule voix ». C’est tout l’enjeu du projet de « grand établissement », un établissement unique avec une seule entité juridique de gestion et donc une seule personnalité morale. Si le rapprochement via le PRES avait déjà fait l’effet d’une petite révolution dans le monde universitaire bordelais, la possibilité d’un établissement unique va encore plus loin et bouleverse réellement le cloisonnement en vigueur jusque-là.

Quels sont les objectifs de ce projet qui pourrait voir le jour en 2014 ? Trois principaux peuvent être notés : favoriser l’interdisciplinarité en mettant en place des collèges décentralisés thématiques, regrouper les moyens et enfin, renforcer la lisibilité du campus bordelais. Car, à terme, cet établissement unique ne serait plus uniquement bordelais mais aquitain, en intégrant l’Université de Pau et des Pays de l’Adour.

Bien entendu, pour conserver les intérêts de chacun, une certaine souplesse dans les modalités est envisagée : ainsi la diversité organisationnelle de chaque établissement sera respectée, par exemple les procédures de recrutement resteront au libre-choix des membres, tout comme la maitrise budgétaire ou l’organisation pédagogique.

Cette flexibilité n’a pourtant pas réussi à éliminer tous les obstacles. L’Université de Bordeaux 3, qui regroupe la majorité des sciences humaines et sociales est opposée au projet tout comme l’UNEF, première organisation étudiante de France. Patrick Brun, président de Bordeaux 3 critique « la vision très économiste d’un grand établissement. L’Etat doit s’assurer qu’un euro investi en génère trois. Mais comment voulez-vous faire avec, par exemple, l’histoire de l’art ou la linguistique russe ?  ». L’UNEF quant à elle a lancé une pétition contre ce projet. Elle dénonce, entre autres, le manque de concertation avec l’ensemble de la communauté universitaire et l’exclusion des étudiants du processus de décision. Sur le fond elle craint que ce projet ne favorise la création d’une université à deux vitesses et les inégalités qui vont avec.
 
Malgré tout, Marcel Tunon de Lara reste convaincu du bien fondé du projet « Je pense que tout le monde trouvera à y gagner avec cet établissement unique (…) J’espère que nous parviendrons à un accord ». Les discussions en tous cas promettent d’être longues et animées.
 
Sarah Pineau

 

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