Les soixante-dix artistes invités ont donc investi
Bordeaux, dans un premier temps sur les quais, autour de la passerelle monumentale conçue par le japonais Tadashi Kawamata ; après quoi chaque oeuvre a parcouru la ville à son rythme pendant une semaine. Parmi les bonnes surprises de la manifestation, on a pu s’amuser de voir des bulles sortir d’un haut-parleur conçu par Kristina Solomoukha, ou contempler le Film d’attraction conçu par Dominique Gonzales-Forestier, comme une porte d’entrée de la Foire aux Plaisirs, qui se tenait au même moment sur l’esplanade des Quinconces.
Du côté du musée d’art contemporain
CAPC, l’exposition Insiders - Pratiques, usages, savoir-faires, qui se prolonge jusqu’au 2 février 2010, explore la façon dont artistes et architectes s’accaparent les représentations et les matériaux de la ville. Si la collection proposée est d’une grande richesse, et très hétérogène, l’expographie, pas assez aérée, donne à l’ensemble de la nef un air de « grand bazar », déjà amorcé par l’omniprésence des matériaux de récupération. Le visiteur distrait aura vite fait d’oublier l’étroite galerie photographique prise entre deux rangées de palettes pour escalader les chaises de l’étonnant Chairway to heaven qui donne un point de vue impressionnant sur le lieu, ou observer les membres du Büro Détours à l’oeuvre dans leur atelier de bric et de broc, qui sont les points forts de l’exposition.
L’accueil réservé à cette biennale pour laquelle la
Mairie de Bordeaux avait monopolisé des moyens considérables a été mitigé. La presse et la scène culturelle locales ont critiqué le manque d’artistes locaux dans la sélection réalisée par Faustino, qui lui-même ne vit pas à Bordeaux. Quant au grand public, il a bien été présent durant le week-end inaugural - un succès certainement dû au beau temps et aux concerts proposés -, 148000 visiteurs ayant été enregistrés sur ces trois premiers jours. Mais la fête populaire qui était annoncée ne s’est pas prolongée le reste de la semaine, à cause peut-être de l’éparpillement des oeuvres et d’un trop grand élitisme : passé le côté ludique de certaines installations, beaucoup d’oeuvres sont restées hermétiques pour une partie du public. Cependant, certains événements de la semaine ont été salués, tout particulièrement l’exposition consacrée au cinéaste Amos Gitaï à la Base sous-marine, ou la passerelle Kawamata qui, forte de son succès, devrait rester en place jusqu’en juin 2010.
Evento laissera donc quelques bonnes surprises : ce n’est pas un essai raté, mais il doit être transformé lors de la prochaine édition, qui a d’ores et déjà été annoncée pour 2011.
Julien Baldacchino