La gentrification du quartier St. Michel

Est-ce que Bordeaux sera capable de se refaire sans qu’elle ferme les yeux sur les personnes les plus fragilisées de la ville ? On l’espère. Cependant, le phénomène de gentrification s’est déjà enclenché dans quelques quartiers de Bordeaux depuis des années. Il va de soi que trouver un juste milieu entre se moderniser et garder l’identité de ses quartiers sera beaucoup plus difficile qu’on ne pense.

C’est pendant le vingtième siècle qu’a lieu l’accroissement rapide des banlieues et des périphéries de grandes métropoles. Du coup, on a commencé à se pencher sur la manière dont les résidents d’une ville se dispersent et les nouvelles questions sociales, économiques et politiques qui se présenteraient par conséquent.
 
Un phénomène qui s’est déclenché pendant les années 1980 dans quelques grandes villes européennes et également aux États-Unis est celui de gentrification. Il s’agit d’un processus par lequel des habitants pauvres d’un quartier du centre ville sont déplacés au fur et à mesure par des habitants d’une couche moyenne supérieure, venant souvent des zones périphériques et déclarant avoir « retrouvé » les avantages de vivre au centre ville, que ça soit pour des raisons professionnelles ou culturelles. Il en résulte une augmentation des prix immobiliers et le déplacement massif des habitants originaux qui, faute de ne plus pouvoir supporter les hauts coûts de la vie, se dirigent vers les périphéries.
 
Ce phénomène touche autant Bordeaux que d’autres grandes villes françaises.
 
On en a vu les premiers signes il y a quelques ans dans le quartier St. Pierre et les Chartrons. Grâce aux fonds récoltés par l’épanouissement de l’industrie du tourisme après la ville s’est classée au patrimoine mondial, cinq hangars ont été démolis sur les quais, remplacés par des restaurants et des boutiques. Le quartier St. Pierre, autrefois connu pour son insalubrité est aujourd’hui redéveloppé - des nouveaux restaurants et bars ouvrent leurs portes aux nouveaux résidents, touristes, étudiants tous les soirs. Il parait que la prochaine victime de la gentrification serait le quartier St. Michel, qui a vu une hausse des loyers tout à fait impressionnante ces dernières années. Certains disent que la politique de la ville, comme celle de l’opération programmée d’amélioration de l’habitat (OPAH) de Bordeaux, visant à combattre l’insalubrité des logements, cible les foyers des pauvres ont déjà du mal à payer le loyer. Selon le rapport de l’OPAH, on n’a qu’ouvert 47 logements sociaux, comparé à 666 loyers libres dans le centre en 2008, alors qu’il y a tant de résidents, surtout dans St. Michel, qui sont touchés par la crise économique et plus fragilisés que jamais.
 
Ce sujet qui suscite beaucoup de débat. Depuis deux ans, selon le directeur du centre d’animation de Saint-Michel Ramon Ortiz de Urbina, les familles immigrées sont les premières victimes de la hausse des loyers, obligées de se déplacer. En outre, il y a de moins en moins d’enfants de familles immigrées à l’école maternelle des Menuts. Adjoint au maire, Michel Duchène, assure pourtant que la politique de la ville ne vise pas à « réduire ou effacer le caractère populaire … du quartier Saint-Michel ». Pourtant, la réalité est en face de nous : la plupart des résidents de St. Michel n’arrivent pas à courir au rythme croissant de la gentrification de leur quartier. 
 
J’ai vu mon propre quartier dans le centre ville de Los Angeles subir les mêmes changements dont on témoigne au quartier St. Michel actuellement. Quand j’étais à l’école, les parents de mes amis hésitaient à emmener leurs enfants à mon quartier, croyant que c’était trop dangereux. Le temps que je commence à la fac, le Walt Disney Concert Hall s’était construit à deux pas de chez moi, la mairie avait annoncé un plan de dix milliards de dollars pour refaire le centre ville, et le cout d’un appartement avait atteint un niveau astronomique. De plus, étant donné que Los Angeles est si grande, je n’ai plus d’amis dans mon quartier – la seule ayant déménagé à 30 minutes en voiture à une banlieue où le loyer est beaucoup moins cher. Elle est une parmi d’autres dans sa rue qui vient juste d’y emménager d’un quartier au centre ville. Elle ne sera pas la dernière.

Pour que Bordeaux attire de plus en plus de touristes, pour qu’elle soit une ville du XXIème siècle, il faut certainement qu’elle se renouvelle. Cependant, ça serait dommage si cela n’était pas fait d’une manière responsable, n’excluant pas les personnes les plus vulnérables.
 
On souhaite que ça soit une préoccupation des responsables politiques de Bordeaux.

Julia Gueron

 

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