Patrimoine
Un aperçu de l’architecture bordelaise
Les nouveaux venus à Bordeaux sont généralement frappés par sa grande homogénéité architecturale, une caractéristique qui la distingue d’autres grandes cités comme Lyon ou Marseille. À croire que la ville est entièrement sortie de terre au XVIIIème siècle ! Bordeaux ne conserve en réalité que peu de monuments datant de l’antiquité (durant laquelle elle était pourtant déjà florissante, sous le nom de Burdigala), du Moyen-âge ou de la Renaissance. Les visiteurs pourront toujours admirer quelques vestiges gallo-romains tels que ceux du Palais Galien (amphithéâtre relativement bien conservé), ainsi que de superbes témoignages du XVème siècle comme la célèbre Grosse Cloche (symbole de la ville) ou la Porte Cailhau. Près de 5000 bâtiments nous rappellent aujourd’hui l’âge d’or de la cité girondine, qui se situe aux XVIIème et XVIIIème siècles. Ces immeubles de hauteur modérée (4 étages environ) sont caractérisés par leurs façades classiques en pierre de taille de couleur dorée, ainsi que par leur omniprésence dans les quartiers les plus populaires comme les plus huppés. Si Bordeaux a longtemps été ternie par la pollution, le calcaire aquitain étant très poreux, de récents travaux de rénovation lui ont rendu sa splendeur passée. Une splendeur accentuée par la présence aux quatre coins de la ville de luxueux hôtels particuliers (abritant aujourd’hui des musées, des sièges d’entreprises, des administrations) et de grands ensembles particulièrement spectaculaires, exécutés à la demande d’intendants (comme L.de Tourny) par d’illustres architectes tels que Victor Louis (Grand Théâtre, cours du Chapeau-Rouge) ou A-J.Gabriel (place de la Bourse). Le développement architectural de la ville s’est par la suite poursuivi tout au long du XIXème siècle, avec la construction de nouveaux grands ensembles (notamment l’immense place des Quinconces) et l’apparition d’immeubles de style Haussmannien ou rococo. À partir du Second Empire se développe également une spécialité bordelaise : l’échoppe. Ces habitations de plain-pied dont l’origine remonte au XVème siècle se multiplient jusqu’au milieu du XXème siècle, et ce dans des styles architecturaux très divers. En 1995, on dénombrait près de 11000 échoppes sur l’ensemble de l’agglomération bordelaise. Quid de l’architecture contemporaine ? Le centre ville de Bordeaux n’en compte que très peu d’exemples. Restent le très controversé quartier d’affaire de Mériadeck et d’audacieuses réalisations comme le palais de justice, conçu par R. Rogers, ou le musée d’art contemporain, ancien entrepôt réaménagé par J. Pistre, D. Valode et la décoratrice Andrée Putman, qui prouvent que la ville n’entend pas rester un simple musée à ciel ouvert.
Louis Morales-Chanard