Edito
La campagne électorale s’invite à Bordeaux
François Hollande a choisi Mérignac, début janvier, pour le premier meeting de sa campagne électorale. Son choix s’est porté sur une salle relativement petite (le Pavillon du Pin Galant), de crainte, peut-être, de ne pas parvenir à la remplir. Toutefois, 1500 personnes sont venues l’écouter, en présence de tous les ténors locaux du PS (Alain Rousset, Philippe Madrelle, Gilles Savary, Vincent Feltesse, Michel Sainte Marie et les autres députés PS de Gironde…) ; 1500 autres sont restées aux portes de la salle comble. Nicolas Sarkozy, toujours pas en campagne, était pour sa part venu à Bordeaux en novembre dernier, sur le thème de la lutte contre les fraudes sociales.
Si la présence des candidats à Bordeaux, comme dans toutes les grandes villes de France, n’a rien d’une surprise, on peut néanmoins s’interroger sur l’impact que l’élection présidentielle aura pour Bordeaux.
Dans l’hypothèse où Nicolas Sarkozy serait réélu (rappelons que son retard sur le candidat socialiste se réduit, que les alliances de l’entre-deux-tours sont des plus incertaines et qu’il peut se passer bien des choses d’ici le mois de mai), il est très probable qu’Alain Juppé joue un rôle-clé dans le nouveau gouvernement. Juppé, dont Nicolas Sarkozy se méfiait maladivement au début de son mandat, est revenu en grâce auprès de lui, et s’est imposé ces deux dernières années comme l’homme fort du gouvernement – probablement davantage que le Premier ministre.
On rappellera qu’Alain Juppé, éphémère ministre de l’environnement et numéro deux du gouvernement en 2007, avait été contraint de démissionner quelques semaines après sa nomination pour avoir été battu aux législatives par Michèle Delaunay dans la deuxième circonscription de Gironde (Bordeaux-centre). D’aucuns y ont vu un piège tendu par Nicolas Sarkozy : celui-ci a en effet poussé ses ministres à se présenter aux législatives – ce qui n’est pas dans la tradition républicaine française, le mandat de député n’étant pas compatible avec la fonction de ministre – et annoncé que les perdants ne pourraient rester au gouvernement. Il aurait mis au point ce dispositif dans le but d’écarter Juppé du gouvernement. Il était, en effet, manifeste que celui-ci était dans une situation difficile : la population bordelaise connaissait un changement sociologique rapide, a priori favorable à la gauche ; en outre, une partie de l’électorat avait peu apprécié que leur maire se dédise de sa promesse de se consacrer uniquement à la ville de Bordeaux. Par cette manœuvre habile, Sarkozy se serait débarrassé d’un gêneur, du seul ministre capable de lui tenir tête, compte-tenu de son parcours, de son tempérament et de son prestige au sein de la droite.
Il a fallu quelques années à Alain Juppé pour digérer l’événement. Finalement, c’est à ses conditions qu’il a opéré son retour au gouvernement en novembre 2010 et s’y est imposé comme un rouage-clé et un homme indépendant. A la différence de tant d’autres ministres, contraints de jouer chaque jour les apologues du président ou les aboyeurs de service, Alain Juppé se tient éloigné de toute polémique. Il est, en outre, indispensable au Président, qui voudrait tant faire oublier son début de quinquennat, à savoir, pêle-mêle, le bling-bling, les amitiés de mauvais goût, les dérapages verbaux, l’inculture revendiquée, la frénésie médiatique. Juppé est une sorte d’antithèse du Président, susceptible de rassurer l’électorat traditionnel de la droite ainsi que les déçus du sarkozysme. Sarkozy, qui avait brillamment joué la rupture en 2007 bien qu’il ait été de tous les gouvernements depuis 2002, pourrait rejouer cette partition grâce au soutien d’Alain Juppé.
Les Bordelais sont conscients des attentions qui entourent aujourd’hui leur maire. Si certains déplorent les contraintes d’agenda qu’implique nécessairement le cumul d’un mandat mayoral avec la fonction de Ministre des affaires étrangères, la plupart d’entre eux reconnaissent aussi que Juppé est en position de force à Paris pour défendre les intérêts de sa ville et obtenir des arbitrages favorables dans les dossiers qui nécessitent une implication de l’Etat.
Une victoire de François Hollande à la Présidentielle, si elle est confirmée lors des législatives du mois de juin, pourrait mettre aux premiers postes deux autres figures bordelaises : Alain Rousset et Vincent Feltesse.
Alain Rousset est Président de la région aquitaine depuis 1998, député depuis 2007 et président de l’Assemblée des Régions de France (ARF) depuis 2004. S’il s’agit d’une position de pouvoir enviable, elle est peu connue du grand public et ne lui donne pas une forte exposition médiatique à l’échelle nationale. Rousset ne la recherche d’ailleurs pas : il semble que les jeux d’appareil politique l’intéressent peu. On le dit aussi rétif au combat politique ; sa tentative de ravir la mairie de Bordeaux à Alain Juppé en 2008, qui s’est soldée par un échec cruel, a laissé des traces. Homme de dossiers, Rousset s’est depuis concentré sur la région et la députation. La page de la compétition entre les deux Alain est tournée, ce qui semble convenir à l’un comme à l’autre. En effet, les deux hommes se ressemblent et s’estiment, et ont coopéré sans trop de difficultés de 2006 à 2008 en tant que maire de Bordeaux et président de la CUB.
Alain Rousset occupe aujourd’hui une position significative au sein de l’équipe de campagne de François Hollande, en tant que responsable de la thématique « production, industrie, agriculture, pêche ». A l’inverse de nombreux membres de cette équipe pléthorique, qui doivent leur nomination à des jeux d’alliance, à de savants équilibres entre courants et à un certain clientélisme, Alain Rousset est réellement apprécié du candidat socialiste. Sa connaissance des dossiers le rendrait très crédible en ministre de l’industrie, de l’agriculture ou de l’aménagement du territoire.
Du combat avorté entre les deux Alain, Vincent Feltesse a été le grand bénéficiaire. Le maire de Blanquefort, commune de taille modeste (15.000 habitants), s’est retrouvé en 2007, tout juste quarantenaire, à la tête de la CUB. C’est le second bordelais de l’équipe de campagne de François Hollande : il est en charge, au sein du pôle communication, de la « web-campagne ». Comme Rousset, il ne doit pas sa présence à des alliances tactiques, à des compensations offertes aux candidats malheureux à la primaire ou à son statut incontournable au sein du parti, mais à sa compétence avérée dans le domaine des nouvelles technologies. Rappelons qu’il a occupé, de 2005 à 2008, le poste de Secrétaire national adjoint du PS chargé des nouvelles technologies et qu’il a été en charge de la campagne internet de Ségolène Royal en 2007. Si cette campagne n’a probablement pas inspiré Barack Obama, comme le prétend la Présidente de la Région Poitou-Charentes, elle a été jugée très efficace par les spécialistes des médias et du web.
Feltesse a, depuis, acquis une certaine légitimité dans ce domaine et dans la mise en œuvre de dispositifs de démocratie participative à l’échelle de la CUB (voir à ce sujet l’article sur le Conseil de développement durable). En cas de succès de François Hollande, on peut imaginer Vincent Feltesse en conseiller du Président, voire en secrétaire d’Etat ou ministre aux nouvelles technologies ou aux questions urbaines.
La Présidentielle pourrait donc amener soit une confirmation du rôle central d’Alain Juppé au sein du gouvernement (en tant que Premier ministre ?), soit, en cas d’alternance, l’apparition de nouveaux visages bordelais au sein du gouvernement ou de l’entourage du Président.
Curieusement, les élus bordelais, et même aquitains, ont été peu nombreux sous la cinquième République à accéder aux cercles du pouvoir. Il y a eu Jacques Chaban-Delmas et, donc, Alain Juppé. Mais qui d’autre ? Ces dernières années, les diverses élections (municipales, régionales, cantonales) et événements de la vie politique ont suscité une véritable hécatombe parmi les ténors politiques aquitains, notamment de droite. Xavier Darcos a perdu la mairie de Périgueux en 2008, et a dû quitter pour cela le gouvernement. Michèle Alliot-Marie a fait les frais de sa gestion désastreuse du printemps arabe. Depuis 2007, François Bayrou a connu une période difficile et vu ses soutiens s’envoler, jusqu’à son récent retour sur la scène politique à la faveur de la campagne présidentielle. Certains jeunes-loups de l’UMP, auxquels on promettait un avenir brillant du fait notamment de leur proximité avec le Président, en ont fait les frais lorsque l’étoile de Nicolas Sarkozy a commencé à pâlir.
L’Aquitaine compte ainsi beaucoup de barons locaux, mais peu d’entre eux ont connu un destin national. Alain Lamassoure n’a pas eu la carrière à laquelle il aurait pu prétendre, en raison notamment de la dissolution ratée de 1997. Les leaders de la gauche sont, par définition, privés du pouvoir national depuis 2002. Henri Emmanuelli reste indétrônable dans les Landes et Philippe Madrelle en Gironde, mais l’influence du premier au PS s’étiole, tandis que le second n’y a jamais été très présent. Gilles Savary, chef de file de l’opposition socialiste à Bordeaux de 1994 à 2004, très en vue au Parlement européen de 1999 à 2009, spécialiste incontesté de la question des transports et de l’énergie à l’échelle européenne, a pour sa part fait les frais des manœuvres d’appareil du PS, qui ont abouti à son éviction des listes de candidats lors des européennes de 2009. Noël Mamère a quant à lui – tout comme Daniel Cohn-Bendit – été victime du goût des militants écologistes pour les leaders peu charismatiques et incapables d’éloquence.
Les élections de mai prochain devraient voir la confirmation du rôle central d’Alain Juppé ou l’arrivée au plus haut niveau de nouveaux visages du PS bordelais. Admettons que les choses sont plus sûres dans le premier cas que dans le second : si on voit mal Alain Juppé être écarté du gouvernement en cas de réélection de Nicolas Sarkozy, les choses restent incertaines pour Alain Rousset et Vincent Feltesse. On sait que nombreux sont les leaders socialistes, écologistes et radicaux qui rêvent tout haut d’un maroquin ou d’un poste de conseiller à l’Elysée, et que les places seront chères. En outre, le choix des ministres et des collaborateurs du Président répond à bien d’autres critères qu’à celui de la compétence et des qualités humaines. Il reste que les équilibres territoriaux sont au nombre de ces critères, et qu’il serait logique que Bordeaux soit représenté au sein du nouvel exécutif. Un autre critère susceptible de favoriser les Bordelais est le nécessairement renouvellement des équipes : le choix de personnalités telles que Feltesse ou Rousset permettrait de satisfaire ceux des citoyens qu’un retour aux affaires de Laurent Fabius, Jack Lang ou Ségolène Royal n’enthousiasmerait pas plus que ça.
Olivier Costa & Richard Jouvin
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Messages de forum
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Permettez moi de vous dire que votre phrase "salle relativement petite de crainte de ..." est elle aussi petite.
Le mauvais esprit politique n’est pas glorieux et ce de n’importe quel bord politique.
une citoyenne, pas sûre de voter.
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Je vous trouve bien sévère… Pour une fois que je ne faisais pas du mauvais esprit ! J’étais parmi les 1.500 personnes restées à la porte de la réunion. Mon but n’était donc pas de dénigrer François Hollande, mais de comprendre ce qui avait pu pousser les organisateurs à choisir une salle, je le répète, relativement petite (1.500 places pour un premier meeting de campagne présidentielle, ce n’est pas très grand). J’ai donc imaginé que, par modestie, ils avaient sous-estimé l’intérêt que susciterait cette manifestation. Rétrospectivement, on s’aperçoit qu’ils auraient pu remplir la Patinoire, avec 4.000 ou 5.000 personnes, mais ils ne pouvaient pas en être sûrs, et avoir un public clairsemé aurait été du plus mauvais effet pour un lancement de campagne en présence de tous les médias.
Bien cordialement,
Olivier Costa
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