SPORT
Quand la maison girondine vacille
Lors du match des Girondins à domicile, le 22 octobre, les Ultramarines ont déployé une banderole dans « leur » virage sud plutôt suggestive : « Maillot souillé, honneur bafoué. Sauvez le FCGB* ou dégagez ». On est loin, très loin de la liesse qui s'emparait de Bordeaux en 2009 lors de la conquête du dernier titre de Champion de France. Sur la place des Quinconces, 80 000 personnes fêtaient alors ce moment historique pour le club de football de leur cœur. Aujourd'hui, les Marines et Blancs sont tout simplement dans les fonds du classement et même en zone de relégation quand cette banderole a été déployée. Et on se demande comment une équipe qui dominait tout il y a encore trois ans peut-elle connaître autant de difficultés aujourd'hui.
Avec un triplé historique Championnat - Coupe de la ligue – Trophée des Champions lors de la saison 2008/2009, commentateurs, supporters et journalistes lui promettaient alors un avenir radieux. Le club flirtait avec l'excellence. Après un championnat arraché au bout du suspens et de 11 succès d'affilé, l'équipe partait sur les mêmes bases pour le suivant, portant le record absolu de victoires consécutives en Ligue 1 à 14. Les Girondins arrivaient à la mi-saison avec une avance confortable sur le second et le titre leur semblait déjà promis. Les supporters de toujours pensaient certainement à ces années 1980 dorées où les Girondins, sous la houlette de leur président Claude Bez, gagnaient trois titres en championnat en l'espace de 4 années. C'était la première (et l'unique) fois que le club dominait à ce point le football français depuis sa création en 1881.
L'histoire ne se répète pas et les Girondins finissent sixième d'un exercice 2009/2010 qui leur tendait les bras, sans même accrocher une qualification pour une coupe d'Europe. Pourtant cette année est aussi celle qui marque leur plus beau parcours en Ligue des Champions avec un quart de finale perdu face à l'Olympique Lyonnais. Mais ce quart est un peu l'arbre qui cache la forêt, car déjà la question du départ ou non de Laurent Blanc, l'entraîneur, vers la sélection nationale, mine le groupe. Les joueurs pensent à d'autres horizons et ce sont peu à peu tous les cadres du club qui vont partir voir ailleurs. De la « colonne vertébrale » du championnat 2008/2009, Diawara, Diarra, Gourcuff, Chamakh, il ne reste plus personne aujourd'hui, Alou Diarra étant parti pour Marseille cet été. Les joueurs d'Amérique du Sud, notamment Wendel, Fernando, Cavenaghi eux aussi essentiels à la stabilité et au renouveau du club de la fin des années 2000, quittent Bordeaux. Le club au scapulaire n'a plus ses attaquants, son stratège et sa stabilité défensive.
Le recrutement est loin d'être à la hauteur pour remplacer autant de joueurs-clé. Les arrivées au club ces dernières années de Ben Khalfallah, Modeste ou encore Diabaté sont loin de combler les vides laissés par leurs prédécesseurs et n'ont pas permis de reformer une équipe très compétitive. La saison dernière a été morne et l'équipe a navigué entre la sixième et la dixième place du championnat tout au long de l'année, pour finir septième. Ce championnat bien triste des Girondins a eu raison de leur entraineur, Jean Tigana, qui a préféré démissionner quelques journées avant la clôture de la saison.
Avec l'arrivée de Francis Gillot à la tête de l'équipe, une renaissance pouvait être espérée, mais la descente continue pour les Girondins. Après 13 journées jouées, ils sont 15°, deux points devant le premier relégable et seulement deux victoires dans leur escarcelle : on est loin du compte. Mais surtout avant le victoire contre Ajaccio le 29 Octobre, ils étaient relégables depuis deux journées. Jusqu'à cette victoire le sort semblait s'acharner contre le club eu scapulaire qui n'avait jamais gagné après avoir ouvert le score. Certains scénarios de match sont à rendre fous les supporters. Menant 0-2 à Toulouse, les Marines et Blancs s'inclinent finalement 3-2 suite à un but encaissé dans les arrêts de jeu. Face à Montpellier dans leur stade Chaban-Delmas, les Girondins mènent là aussi 2-0 avant de concéder le nul suite à deux buts marqués en l'espace de deux minutes à la 88° et 90° minute. On a l'impression depuis le début de la saison que quand les joueurs ressortent la tête de l'eau, c'est pour mieux l'enfoncer par la suite. Cette fois, le club a enchainé par un bon résultat, le nul face au PSG mais les supporters attendent toujours de pouvoir fêter une première victoire à domicile depuis le début du championnat. La confiance et la sérénité semblent encore loin de régner du côté du Haillan même si les multiples mea culpa des joueurs et leurs promesses de révolte semblent enfin se voir sur le terrain. Le moindre faux pas ou mauvais résultat verront revenir les doutes qui hantent les Girondins depuis plusieurs mois. La route semble encore très longue pour parvenir à retrouver la place qui était la leur il y a quelques années.
Lucile Alard
*Football Club Girondins de Bordeaux.