Fêtes
Un Noël plus très catholique
Il y a bien longtemps que Noël ne se réduit plus à un fête chrétienne. Il est loin le temps où les chants religieux résumaient à eux seuls les festivités de Noël. Il est loin le temps où l’orange que nos grands-parents recevaient pour unique cadeau, suffisait à satisfaire les enfants qu’ils étaient. Si l’esprit de Noël et les rêveries des enfants demeurent aujourd’hui indemnes ; la fête de Noël a quant à elle, perdu sa connotation humaniste, caritative et morale, qui a fait ses débuts. En se laïcisant, elle est devenue pour partie, l’instrument facile dont se servent, par exemple, les villes ; pour défendre des enjeux politiques, commerciaux ou touristiques, sous couverts de prolonger et protéger cette tradition bien ancrée dans l’esprit des français.
Ainsi, pour toutes les villes de France, la période de Noël est devenue un moyen d’afficher sa grandeur, de surpasser les autres par la majesté des illuminations que celle-ci a les moyens de s’offrir ; et avec un rendu toujours plus spectaculaire et magique, à en faire pâlir un roi soleil. La ville de Bordeaux, qui a pris en main cette politique d’illumination seulement depuis 2001, a elle aussi cédé un temps, à cette tentation de la grandeur, en faisant appel à des techniciens professionnels et renommés afin de réaliser de véritables œuvres d’art à travers des montages scénographiques lumineux, qui embellissaient la ville en période de Noël. En outre, entre 2007 et 2008, Bordeaux faisait objet de référence en matière d’illuminations, copiée par une capitale parisienne qui outre ses Champs Elysées n’a toujours rien à envier à la provinciale. Aujourd’hui néanmoins celle-ci a revu ces ambitions à la baisse, sans doute par nécessité de rigueur budgétaire mais aussi par modestie. Si la ville demeure un lieu d’attraction pour beaucoup de français et de touristes qui se déplacent spécialement en période de Noël pour venir admirer les motifs lumineux qui bordent les rues de la ville, et qui pour certains, sont extrêmement élaborés et innovants ; celle-ci n’occupe pourtant plus la première place dans ce domaine.
La faute sans doute à une communication très peu prolixe en comparaison avec des villes comme Lyon ou Lille qui misent tout, et font bien de le faire, sur des annonces pour sensibiliser le citoyen aux efforts qui sont faits par la ville en période de Noël. En effet, quel Bordelais sait aujourd’hui que plus des ¾ du parc lumineux est équipé d’ampoules à basse consommation afin de répondre à des enjeux de développement durable, s’il n’a pas été faire un tour sur le site de la Mairie de Bordeaux ? Que l’ensemble des illuminations est équipé d’horloges automatiques qui éteignent les lumières à minuit dans un souci d’économie d’énergie ? Que la ville de Bordeaux est la seule ville à ne pas rallumer ses ampoules entre 6h et 9h du matin afin d’optimiser les efforts faits en matière de développement durable ? Qui sait enfin que « la consommation d’énergie en matière d’illuminations de Noël n’est pas si coûteuse que cela, comme on aurait tendance à la penser à tort ; et que laisser le chauffage allumé pendant un weekend dans un gymnase revient bien plus cher que d’utiliser ces mêmes lumières pendant un mois ? » rappelle Ghislain Luneau, responsable de la mise en lumière au sein du Pôle des services techniques de la Mairie de Bordeaux. Il n’y a pas de stratégie de communication, voilà le problème de la ville de Bordeaux, déplore ce dernier. Il est vrai qu’au sein du budget d’aménagement technique et d’urbanisme, la politique de Noël représente 7 à 8% du budget total, ce qui n’est pas mal ; mais comparé au budget écrasant octroyé au secteur culturel par la ville, (un des plus importants de France), le budget des illuminations de Noël fait pâle figure. Pour faire le lien avec ce problème de communication, un indice révélateur de cette priorité donnée à la culture, réside dans le fait que le pôle culturel est le seul service à disposer de son propre chargé de communication au lieu de s’en remettre comme les autres, au service autonome de communication externe de la Mairie. On comprend mieux ainsi que la politique de Noël n’est pas vraiment une des priorités de la Mairie de Bordeaux, en comparaison par exemple avec la politique culturelle.
En effet, pour l’essentiel, la politique de Noël de la Mairie de Bordeaux, se résume à cette mise en lumière. Le symbole par excellence de cette période à savoir, le marché de Noël, ne relève pas du joug municipal. En effet, il est, l’œuvre du syndicat des commerçants bordelais pour qui la politique de Noël est surtout l’instrument d’une stratégie à visée commerciale ; même si depuis quelques années déjà, celui-ci fait aussi appel à des associations caritatives (Restos du Cœur) renouant ainsi avec les anciennes traditions de Noël dont on a parlé plus haut. Autrefois, les illuminations étaient elles aussi à la charge de ce syndicat jusqu’au « bug de l’an 2000 » ; ainsi que depuis que le maire a décidé de prendre en charge ce coût, comme compensation des effets négatifs sur le commerce, qu’avait pu causer la construction des lignes de tramway en plein centre de Bordeaux. La patinoire place Pey Berland, autre symbole fort du Noël bordelais, est quant à elle la propriété de la Société privée Axel Vega, gestionnaire de la patinoire Mériadeck.
Néanmoins, on ne peut pas dire que la politique de Noël de la Mairie de Bordeaux si minime soit-elle, soit sans effet positif sur la ville et la CUB en général. En effet, on assiste aujourd’hui, pour reprendre les mots de ce même monsieur Luneau, à un véritable phénomène « tâche d’huile » en ce domaine, une sorte de « light sprawl ». Les communes aux alentours de Bordeaux, boostées par les efforts réalisés par la ville mère, en termes de mise en lumière, veulent elles aussi afficher leur grandeur à travers leur propre parc lumineux, comme à Mérignac ou Talence où des efforts particuliers sont fait en ce domaine. C’est souvent dans le cadre de cette compétition infernale, à laquelle se livrent les différents élus, que la période de Noël devient alors un enjeu politique incontestable ; à une échelle dont au prime abord, on n’aurait pu avoir conscience. Mais, ces collusions politiques sont sans doute le prix à payer pour faire du Noël bordelais un modèle à suivre au plan national. Pour faire de Bordeaux une ville qui gagne à être connue et reconnue. Affaire à suivre...
Virginie Baudrimont
D’après un entretien avec Monsieur Ghislain Luneau, responsable des mises en lumière au sein du pôle des Services Techniques de la Mairie de Bordeaux.